HISTORIQUE

 

Une longue histoire

 

Le théâtre de l'Oriental a un passé très riche. Il a débuté à la fin du 19ème siècle comme lieu de culte catholique puis s'est transformé en loge maçonnique, cinéma muet et même érotique dans les années 70'.


Ces différentes strates sont en partie encore visibles dans le lieu et ont été conservées et mises en valeur lors de la rénovation de 2013-2014.

 

Au même titre que les spectacles présentés aujourd'hui dans ce lieu, l'Oriental est l'aboutissement de nombreuses évolutions, d'un processus complexe qui lui donne tout son charme et son authenticité.


Aujourd'hui, la gestion du lieu est assurée par l'association Oriental-Vevey dont le projet consiste à soutenir en priorité les arts scéniques et la musique d'aujourd'hui.

 

 

A l'origine, une chapelle...

Une ancienne maison du Bourg Bottonens est achetée en 1833 par la communauté catholique romaine de Vevey. Selon le cadastre de 1766, il s'agissait d'une ancienne propriété de la famille fribourgeoise de Castella dont la largeur correspondait à l'actuel n° 22 de la rue d'Italie. En arrière de cette propriété se trouvait le mur et le fossé de ville. L'édifice délabré est alors entièrement reconstruit pour être inauguré le 7 septembre 1834.

" L'Oriental " fut donc, au début de sa carrière publique, une chapelle, contenant également un appartement pour le prêtre. C'est un architecte piémontais, originaire du Val Sesia, Nicolas Giobbe, qui se voit confier l'ensemble du chantier. La cure est donc construite devant la chapelle avec sa façade donnant sur la rue d'Italie; elle se présente encore comme autrefois par une élégante façade à deux étages sur rez-de-chaussée, dans un style néo-classique soigné à la manière d'une maison bourgeoise. Rien, de la rue, ne permettait d'y deviner un lieu de culte (la construction respectait en cela la loi du 2 juin 1810 qui admettait, sous réserve d'approbation par le Conseil d'Etat, la construction de nouveaux lieux de culte catholique mais qui ne tolérait ni cloche ou clocher, ni autre signe distinctif de leur destination). Quant à la chapelle, elle s'élève en travers de l'ancien mur de ville. En consultant le cadastre de 1849-50, on constate en effet l'existence d'une chapelle et d'un logement attenant côté sud. Une petite cour intérieure sépare les deux bâtiment; celle-ci est partiellement occupée par un escalier à rampe droite permettant d'accéder au lieu de culte depuis l'arrière du bâtiment de la cure. En effet, la chapelle est construite sur d'importantes caves. Sur les plans de 1850, elle apparaît comme un bâtiment fort simple, quasi rectangulaire, se terminant par un chevet à trois pans de faible saillie.

 

Plan de la partie orientale de Vevey en 1842 : en bleu la chapelle catholique  // Mur de ville retrouvé et conservé lors de la rénovation 2014

Aujourd'hui, il semble qu'il n'en reste qu'une fenêtre semi-circulaire à encadrement en molasse. On peut cependant constater que la taille de la chapelle ne correspondait pas exactement à la surface de la salle actuelle. Ce lieu de culte sera utilisé jusqu'en 1871 - dès octobre 1872 l'église Notre-Dame de l'Annonciation est consacrée - date à laquelle il est désaffecté et vendu. Il semble servir alors de lieu de réunion à une loge maçonnique, puis à l'Armée du Salut (?) mais il n'en reste rien dans les documents retrouvés. La paroisse catholique rachète le lieu en septembre 1891.

Puis (entre autres) un music-hall...

C'est sous l'impulsion des jeunes gens de l'Union catholique que l'ancienne chapelle est transformée et aménagée, sous la direction de l'architecte Alfred Arnaudeau, en salle de spectacles (espace scénique, espace public). En consultant les premiers plans de ville de 1907 et en comparant avec les anciens cadastres, on peut supposer que cette nouvelle transformation aboutit à ce que l'on connaît actuellement quant à la forme et aux dimensions de la salle (les anciens mur et fossé de ville se trouvaient vraisemblablement à l'emplacement situé entre la scène et le public). Ainsi, dès septembre 1894, l'ancienne chapelle est utilisée pour " des soirées familières ", des ventes de charité. On apprend dans les procès-verbaux des séances du Conseil de paroisse que c'est la société de l'Union catholique qui gère les lieux. Elle loue ces espaces fr. 75.- par an.

Entre 1895 et 1897 des aménagements sont entrepris : réfection des planchers, système pour baisser le rideau, ciels mobiles et le corridor qui longe la scène est élargi et aboutit à une vraie porte de sortie (ordre de police); derrière la salle est aménagé un petit jardin ainsi qu'un jeu de quille. Dans la Feuille d'Avis de Vevey du 22 janvier 1896 a-t-on pu lire l'article suivant : " Cercle de la Concorde - Le Bout-de-la-Ville doit une grande partie de son animation au Cercle de la Concorde, dont les membres sont très nombreux et dont le bâtiment - l'ancienne chapelle catholique - offre des locaux assez vastes et agréables. Aussi apprenons-nous avec plaisir qu'il offrira à ses membres passifs un concert, dimanche le 9 février... ". Sous le nom de " La Concorde ", ce fut donc tour à tour un lieu de culte, un théâtre, un music-hall, une salle de concert. On a pu y entendre aussi bien la messe que les Cavallinis ou Nikita Magaloff, assister à des représentations théâtrales.

Après plusieurs années d'activité, on découvre dans les archives du Conseil de paroisse, en date du 1er mai 1901, un rapport faisant allusion aux problèmes financiers du Cercle qui est dès lors dissout et transformé : " La grande salle du rez-de-chaussée deviendra un simple restaurant. Une petite salle sera réservée à côté de la grande aux membres du Cercle ". On ne sait pas exactement ce que devient l'ancienne chapelle dans les années qui suivent. Elle semble encore avoir été utilisée pour des soirées et des répétitions car on trouve encore dans la Feuille d'Avis de Vevey du 28 novembre 1901 l'annonce suivante : " L'Union catholique de Vevey, qui, maintes fois déjà, a recueilli de beaux succès littéraires, se dispose à nous donner deux soirées théâtrales et littéraires dans la grande salle de la Concorde ". Quant au rez-de-chaussée, il était alors tenu par M. Xavier Andrey pour la Brasserie Beauregard. Lors de la séance du 19 janvier 1912, le Conseil de paroisse décide de vendre l'ancienne cure aux enchères publiques.

Ensuite un cinéma...

Le 8 novembre de la même année, c'est M. Andrey et la Brasserie Beauregard qui deviennent propriétaire. La grande salle est alors louée par M. Duc pour des projections cinématographiques. C'est sous l'étiquette de Cinéma Moderne qu'on y fit quelques séances d'images animées. En 1915, la façade était rénovée et la salle restait sporadiquement un lieu de projections cinématographiques. A cette époque, durant les fêtes de Pâques, les affiches annonçaient un spectacle " extraordinaire et sensationnel ". Un fait était en tout cas inhabituel, celui de pouvoir entrer librement dans la salle et de ne payer sa place qu'au cours de la séance " si l'on désirait rester ". Le prix demandé était de fr. 1.20 les premières, fr. -.80 les deuxièmes et fr. -.50 les troisièmes.

Ce n'est qu'en juillet 1922 qu'ouvrit cette ancienne salle de la Concorde en cinéma permanent sous le nom de Cinéma Oriental. L'immeuble avait été racheté par M. Emile Hinterhauser qui projeta dans sa salle des oeuvres qui constitueraient un beau livre de chevet pour un cinéphile.


Le cinéma Oriental à la veille de son ouverture en 1922 et son personnel

Le cinéma Oriental édite une revue de 4 pages "l'Oriental journal" et réalise des reportages filmés (infos sur le site d'Images02).

"Le coeur humain" - Titre original "Human hearts" (film de 1922)

 

La salle de l'Oriental avant 1928

   

Vue depuis la scène avant 1928 et scène décorée pour le film "Le voleur de Bagdad" (film de 1924)   

 

La salle de l'Oriental est transformée en 1928

En 1928 l'Oriental est fortement rénové avec une toute nouvelle décoration, des loges, un écran de 25m et une scène mobile pour faire disparaître l'orchestre.

    
La salle de l'Oriental après la rénovation de 1928
    
Parmi les étapes marquantes du Cinéma Oriental de M. Hinterhauser, il faut encore noter le passage au parlant avec une première projection le 21 novembre 1930.

 
Séance Fip-Fop au cinéma Oriental à Vevey le 26 octobre 1938.
Des enfants répondent aux questions de l'animateur.     
 
      

La rénovation de 1950

En 1945, M. Léon Moser rachète l'Oriental et lui fait subir, cinq ans plus tard, de sérieuses transformations.



Rénovation de la salle en 1950 (entrée, caisse et salle)
    
L'évolution des goûts du public amène petit à petit ces établissement à se spécialiser et à présenter des films d'un genre moins goûté que ceux d'autrefois. La reprise des activités paternelles amène M. Yves Moser à la direction de l'Oriental. La situation le conduit à envisager sa fermeture, ce qui se produit en 1977.

Reprise par la Commune

La grande salle de la Concorde devient studio de danse, activité conduite par M. Marcel Zmilacher. Au milieu des années 80, la salle est réaménagée par la Commune pour en faire un lieu de spectacles baptisé l'Espace de l'Oriental, activité qui n'a été menée que de manière sporadique.

 

Constatant cette sous-utilisation, Nicolas et Anthony Gerber, Marco Facchino et Martin Reeve, membres de la troupe de théâtre veveysanne Chantier interdit, effectuent des démarches auprès de la commune afin de proposer d'exploiter le lieu pour le consacrer à la création scénique contemporaine.


Le projet Oriental-Vevey

En 1999, la Commune de Vevey met au concours la reprise et la gestion de l'Espace de l'Oriental. C'est le projet Oriental-Vevey qu'elle choisit. Depuis le 1er août 2001, l'association Oriental-Vevey est responsable de la gestion du lieu.


Rénovation

Depuis sa reprise par l'association Oriental-Vevey, le bâtiment connaît de nombreux problèmes techniques (fuites d'eau, circuit électrique non fiable, consommation de chauffage très élevée). L'association et son comité de direction pallient à ces difficultés techniques par leur enthousiasme et beaucoup de "système D".

En 2009 des problèmes de structure graves se font jour, dont l'affaissement des étages du bâtiment donnant sur rue. Face au risque que représente le bâtiment, la commune décide de le fermer au public et de rénover le théâtre pour répondre aux problèmes de structure mais également pour en améliorer le fonctionnement comme lieu de création. En effet, l’Oriental manque de possibilités de circulation entre ses différents espaces et certains locaux nécessaires à son bon fonctionnement font défaut (salle de répétition, loges, locaux techniques).

Le conseil communal adopte le 7 mai 2009 une demande de crédit d'étude pour la transformation du théâtre de l'Oriental. Le concours d'architecte est remporté le 9 juin 2010 par le bureau montreusien architecum sarl.

 

Pendant la fermeture du bâtiment, de 2009 à 2013, l'association Oriental-Vevey poursuit sa programmation de façon itinérante. Elle présente ses spectacles dans différents lieux de la commune et de la région; en particulier à l'église Ste-Claire de Vevey.

Le 10 mai 2012, le conseil communal adopte le crédit de construction. Les travaux débutent à la fin du mois de février 2013 et s'achèvent en septembre 2014. Lors du processus de rénovation trois décorations peintes superposées sont mises au jour sur la partie basse de la façade et conservées. Lors de l'excavation de la salle de spectacle, un tronçon du mur de ville est dégagé et conservé au niveau des locaux techniques.

 

Rénovation 2013-2014, évolution de la façade. Les décors peints mis à jours ont été conservés.


Pour plus de détails : blog de la rénovation de l'Oriental

Réouverture en 2014

Le 6 septembre 2014, le théâtre de l'Oriental est rouvert au public. Malgré les contraintes imposées par les éléments existants du bâtiment, le bureau architecum réussit à métamorphoser le théâtre de l’Oriental en une véritable « machine à spectacles » capable de répondre aux besoins d'un théâtre de création. Les différents espaces ont été mis en valeur et la circulation entre eux améliorée. De nouveaux espaces ont été créés dont une salle de répétition, des loges et des locaux techniques sous la scène. Le passé du lieu n’en a pas pour autant été effacé car de nombreux murs ont été volontairement laissés bruts, exposant aux visiteurs les traces de son histoire.

 

Voir la descriptions des espaces actuels

Certaines photographies présentées sur cette page sont tirées de la remarquable étude historique de David von Kaenel sur les cinémas de la Riviera.

 

Oriental-Vevey, rue d’Italie 22, 1800 Vevey remercie: la Ville de Vevey | l’État de Vaud | le Fonds culturel Riviera | la Loterie Romande | Sandoz - fondation de famille | Nestlé SA | la Fondation Fern Moffat - Société Académique Vaudoise | la Fondation Casino Barrière de Montreux | la Cie industrielle et commerciale du Gaz | Les Cafés la Semeuse